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Pensées déconfinées.

Pensées déconfinées.

Sans contact ?

Bien sûr sans contact. Barrière. On garde nos distances. On arrête les poignées de main viriles, les câlins réconfortants, on ne parle même plus à ses voisins, pas à moins d’un mètre en tout cas. Et on s’y tient encore quelques temps c’est pour notre bien.

Alors croyez bien que ça me coûte parce que d’ordinaire je suis plutôt du genre à me plaindre des avancées de distanciation sociale. Les caisses automatiques me rendent fou : je gagne du temps mais j’ai surtout l’impression de bosser à la place d’autres, et gratuitement – y’a sans doute un salaire qui se perd quelque part. Draguer sur Tinder : je comprends la frénésie, mais quand même, laisser le mystère de l’amour opérer ça vaut toutes les e-conversations du monde non ? J’avoue, je passe parfois commande sur Amazon, mais je culpabilise pour mon libraire, qui perd une bonne occasion de prodiguer ses bons conseils, et pour la planète, qui en voit passer des avions de fret plein de kérosène. Du temps maintenant j’en ai à revendre mais je paierais cher pour l’échanger contre une discussion au café du coin. Question à moi-même : suis-je un vieux con anti-progressiste ? Je n’espère pas ! En fait j’aime le progrès techno quand il soulage et enjolive la vie de vraiment tout le monde. Exemple tout bête : Back Market, le (super) marché du reconditionné. C’est infiniment plus écologique. Et c’est franchement moins cher. Win-win.

‘En même temps’, la crise nous laisse comprendre que la vie peut très bien continuer à distance presque comme avant. Apéros FaceTime, réunions Zoom, concerts Culturebox, séances ciné Disney+, cours de yoga Facebook Live, shopping Amazon (ah non, ça c’est pas nouveau)… Et les grands gagnants Confinement 2020 sont… les pures players bien sûr. Mais pas seulement ! Le jeu vidéo FIFA 20 ne s’est jamais aussi bien vendu. Énorme carton en ce moment aux États-Unis : Peloton, start-up qui vend des rameurs et des vélos d’appartement accompagnés d’un grand écran LCD prodiguant exercices, défis et encouragements. Tentant, alors que les salles de gym font, elles, grise mine. Simples palliatifs d’un éden temporairement inaccessible ou alternatives performantes à même de changer durablement nos modes de consommation ?

Si le delta expérience est positif, oui ça peut durer. Je suis certain par exemple que des marques comme Lillydoo ou Little Big Change, pour ne citer qu’elles, tirent actuellement très bien leur épingle du jeu. Elles livrent des couches-culottes sur abonnement personnalisé (ou l’assurance d’être toujours équipé à l’heure où le risque de pénurie en magasin plane toujours dans l’inconscient collectif). Leur force est là : l’abonnement ! Comme les Netflix & Cie elles engagent les gens sur la durée. Donc sauf grosse déception sur le produit – et je crois que les concernant il est au top – elles engrangent des clients captifs, donc fidèles. Mais tant mieux, c’est plus simple, c’est meilleur, c’est moins cher ; l’essayer c’est l’adopter. Peut-être faut-il aussi parler de tout ce qu’on ne fait plus… On achète beaucoup moins forcément. Et d’après l’Ifop, la rationalisation de la consommation va se poursuivre. On se rend compte qu’on ne manque de rien ‘d’essentiel’. On constate de nos propres yeux que la planète respire déjà un peu mieux – à Venise l’eau n’a jamais été aussi claire. Plus informés, on exigera plus de transparence, plus de garanties sanitaires, plus de qualité. Et les marques prennent déjà leurs responsabilités !

Bon l’ascétisme ce n’est pas pour tout de suite non plus. Au sortir de ces semaines d’abstinence, une vague d’hyperconsommation est à prévoir. En tout cas moi, j’irai me déconfiner au bar ! J’ai du chiffre d’affaires en retard à dépenser, et soyons bon client on leur devra bien ça, ils nous auront attendu bien longtemps. J’offre la 1re tournée, c’est déjà promis à mes amis !

Pas beaucoup de réponses dans ce papier : quelques paradoxes et beaucoup d’ambiguïté. Le temps suspendu, c’est l’occasion de regarder ce que l’on fait. Et de se demander ce que l’on veut ?

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